Pour qui ? Ma méthode Compétences Réalisations Avis Contact

De Lead Dev à CTO

Mais il n'y a pas CTO sur ton CV !

Photo principale: De Lead Dev à CTO

Pendant longtemps, les postes de CTO m'ont fait briller les yeux. Les salaires aussi, je vais être honnête.

Je n'étais pas le seul. Plusieurs développeurs seniors m'ont raconté à peu près la même histoire :

« J'ai postulé spontanément dans cette boîte il y a six mois. Ils avaient mon CV. Quand le poste de CTO s'est libéré… ils ne m'ont même pas appelé. »

Je demande pourquoi.

« Parce qu'il n'y a pas écrit CTO sur mon CV. »

C'est probablement l'un des plus gros malentendus de notre métier.

Parce que passer de lead dev à CTO, ce n'est pas un changement d'intitulé. Ce n'est même pas vraiment une évolution technique.

C'est un changement de paradigme.

Il n'y a pas UN CTO — il y en a plusieurs

Quand on est lead dev, on imagine le CTO comme la version finale du développeur. Plus rapide, plus expérimenté, des opinions tranchées sur Kubernetes, Redis, l'event sourcing — et toujours le débat sans fin sur tabs vs spaces.

C'est une vision rassurante. Elle dit : « ce que je sais déjà faire, mais en mieux. »

Sauf que dans la réalité, les entreprises ne cherchent pas tous le même CTO.

CTO hands-on

Code encore régulièrement et garde le contact avec le terrain. C'est mon profil — un dev devenu lead dev devenu CTO. Mais cette transition ne s'est pas faite en un jour ; elle a pris plusieurs années.

CTO manager

Structure les équipes, recrute, fait grandir les gens. Son terrain : les organisations qui doivent passer un cap de taille et stabiliser leurs pratiques d'ingénierie.

CTO architecte

Focalisé sur la scalabilité et les choix structurants. On l'appelle quand l'architecture actuelle ne tient plus la charge ou ne suit plus la trajectoire produit.

CTO orienté IA

Depuis deux ans, beaucoup recherchent ce profil : capable de transformer leur entreprise avec du génératif sans casser l'existant.

C'est un peu comme un arbre de compétences dans votre MMO favori. Tout le monde commence au tronc — la culture technique solide. Puis vient le moment où il faut choisir une branche, débloquer son pouvoir final, et convaincre une entreprise qu'on est précisément le profil dont elle a besoin maintenant.

🌳

Et c'est là que beaucoup de lead devs se trompent : ils essaient de cocher toutes les branches en même temps.

Le vrai choc — vous entrez dans l'univers C-level

Peu importe la branche choisie, il y a une chose qui change pour tous les CTO.

Vous n'êtes plus en tête-à-tête avec votre code. Vous êtes en réunion avec un CMO, un CRO, un CFO, parfois un CEO. Vous siégez au CODIR. Vous présentez en COPIL. Vous portez des OKR.

Si ces mots ne vous parlent pas, j'en ai fait un petit lexique ici.

Votre rôle change profondément. Avant, on attendait de vous des solutions techniques. Maintenant, on attend de vous des traductions : comprendre un besoin métier exprimé par un CMO, et le transformer en quelque chose que la tech peut livrer — soit en construisant en interne, soit en achetant un produit du marché, soit en faisant appel à une prestation externe.

C'est une mutation de fond. Vous étiez un excellent expert. Vous devez devenir un excellent interprète.

Apprendre à ne plus tout faire vous-même

C'est probablement le plus difficile pour un développeur senior.

Quand on aime résoudre les problèmes, on ouvre le repo, on plonge, on shippe. On adore ça. Et c'est précisément ce qui rend la transition douloureuse.

Un CTO qui veut tout faire devient un goulot d'étranglement humain.

Sa journée se remplit, son équipe attend, les décisions s'accumulent. Au bout de quelques mois, tout ralentit autour de lui.

Concrètement, votre Product Manager devient votre bras droit. C'est lui qui pilote les daily. Vous, vous y participez en observateur — vous intervenez quand une feature est abordée d'une façon qui vous semble inappropriée, ou quand un développeur a l'air dépassé et qu'il faut le rassurer et lui proposer du soutien.

Et quand un dev annonce qu'une tâche prendra quatre jours alors que vous savez qu'elle peut se faire en deux ? Vous souriez intérieurement. Vous avez fait pareil pendant des années. Vous savez où chercher — et vous savez aussi qu'un peu d'air dans une estimation, ce n'est pas toujours une mauvaise idée.

Sur le delivery, votre rôle devient une question simple : qui en interne peut faire ça ? En combien de temps ? Et qu'est-ce qu'on délègue à l'extérieur ?

Vous ne tenez plus l'équipe à bout de bras. Vous la rendez forte sans vous.

Le CTO hands-on à l'heure de l'IA

Pour ceux comme moi qui veulent garder les mains dans le code, l'IA a changé la donne.

L'épuisement cognitif n'est plus le même. Les journées où on passait trois heures à débugger une regex tordue se font plus rares. On termine la semaine moins lessivé.

Le CTO hands-on en 2026 ne passe plus ses journées sur des tickets Jira. Il intervient sur les POC, les premiers jets, les crises techniques, les choix structurants. Son rôle n'est plus de produire la feature finale. C'est de montrer une direction crédible que l'équipe pourra ensuite récupérer et industrialiser.

Mais attention. L'IA ne garantit absolument pas les bons choix.

Une IA — comme beaucoup de développeurs juniors — va spontanément partir dans de l'ingénierie logicielle. Architecture propre, abstraction, services, événements. Alors qu'un CTO expérimenté va parfois résoudre un problème complexe avec quelque chose de ridiculement simple : un cookie, un petit JS, une inversion de logique produit, un changement d'UX.

Ce que j'appelle souvent : solve by design.

Cette compétence-là ne s'écrit pas dans un prompt. Elle vient de l'expérience.

Garant stratégique — le rythme insensé de la tech

Aujourd'hui, le rythme est insensé. Vous le savez. Personne ne peut suivre tout ce qui sort en IA, en cloud, en sécurité, en frameworks.

Le CTO doit pourtant rester passionné, tester, garder un œil sur l'horizon. Mais il ne peut pas le faire seul.

C'est là qu'il a une carte à jouer : profiter des talents de ses équipes.

Quand un développeur découvre un outil, une librairie ou une approche qui change la donne, organisez une session de quinze minutes avec les équipes transverses pour qu'il la présente. Ce n'est pas un détail RH. C'est un acte stratégique.

Parce que la culture tech d'une entreprise se construit par l'éveil aux bons outils.

Gagner

Ceux qui font gagner de l'argent.

Préserver

Ceux qui évitent d'en perdre.

Sécuriser

Ceux qui sécurisent.

Accélérer

Ceux qui accélèrent.

Le CTO est le gardien de ce filtre.

Le grand bullshit bingo — « Expert IA »

Depuis un an, tout le monde est devenu expert IA, AI engineer, prompt engineer ou consultant n8n sur LinkedIn.

Personnellement, je teste rapidement avec une phrase qui m'est venue après une cassure du coude un peu particulière :

« J'ai eu une belle cassure du coude sur une distance Manhattan. »

Si la personne en face me répond « je ne savais pas que le marathon de New York pouvait être dangereux », j'ai ma réponse. La conversation sur les F1 scores, p-values, matrices de confusion, embeddings et qualité des datasets n'aura pas lieu.

🎯

Ce n'est pas méchant. C'est juste un filtre rapide. Et il devient utile, parce qu'on entre dans une époque où le mot « IA » sur un CV ne veut plus rien dire.

Ce qui a vraiment changé ma trajectoire

Deux choses, et je suis honnête sur les deux.

La première

Une certification en Data Driven Decision Making du MIT.

Pas parce qu'elle m'a appris à utiliser ChatGPT, mais parce qu'elle m'a forcé à structurer la data, les KPI, les biais, la mesure, la prise de décision — et surtout la vision business derrière l'IA.

C'est cette certification qui m'a ouvert des missions et des propositions de CTO que je n'aurais probablement pas eues sans.

La seconde, plus française

La VAE — Validation des Acquis de l'Expérience.

Je développe depuis 1998. Les écoles « web » n'existaient pas. J'ai fait ma VAE il y a huit ans pour obtenir mon diplôme d'ingénieur.

Concrètement, on rédige un mémoire qui démontre, devant un jury, que toutes les rubriques d'un diplôme visé ont été couvertes professionnellement.

Les rubriques couvertes par la VAE

Architecture. Management. Gestion de projet. Qualité. Organisation. Pilotage.

En France, soyons honnêtes : accéder à certains postes de CTO sans diplôme d'ingénieur reste compliqué, même avec énormément d'expérience. La VAE est une voie sérieuse pour combler ce trou.

Et au-delà du papier, il y a une fierté réelle à valider officiellement ce qu'on construit depuis des décennies.

Construire une organisation, pas un produit

Et puis il y a cette phrase que j'aimerais que tous les futurs CTO retiennent :

« Quand on est développeur, on construit des features.
Quand on est CTO, on construit une organisation capable de construire des features. »

Cela implique des humains, des budgets, des tensions, des arbitrages, des recrutements, des conflits — et un jour, dire à quelqu'un que sa période d'essai prend fin. Cette partie-là n'est jamais glamour.

Mais c'est aussi pour ça qu'un bon CTO change davantage que le produit. Il change la vitesse à laquelle l'entreprise entière est capable d'évoluer.

Et c'est précisément là, quand le métier devient complexe, qu'il devient intéressant.

FAQ — Passer de Lead Dev à CTO

Faut-il obligatoirement passer par un poste de Lead Dev avant CTO ?

C'est le chemin le plus naturel, surtout pour un CTO hands-on. Le Lead Dev apprend déjà à arbitrer, à piloter une équipe, à expliquer ses choix techniques. Mais d'autres profils existent : on peut accéder à un poste de CTO via du management produit, via la conduite de projet, ou via une expertise pointue (IA, sécurité, data). L'important n'est pas le titre intermédiaire, mais le faisceau de compétences accumulées.

Combien de temps prend la transition Lead Dev → CTO ?

Plusieurs années, dans la plupart des cas. Ce n'est pas une formation qu'on suit. C'est une accumulation de contextes : avoir vu plusieurs équipes, plusieurs échelles, plusieurs échecs, plusieurs réussites. La vraie compétence du CTO, c'est la lecture de situation — et ça ne s'acquiert pas en six mois.

Faut-il un diplôme d'ingénieur pour devenir CTO en France ?

Pas légalement, mais culturellement, beaucoup d'entreprises l'attendent. Si vous n'en avez pas, la VAE (Validation des Acquis de l'Expérience) est une voie sérieuse pour obtenir l'équivalent à partir de votre expérience professionnelle. Une certification reconnue (par exemple en data ou en management) peut également compenser sur certains postes.

Partager cet article